FAIRE AVANCER LA POLITIQUE DE PROCHW DANS UN CONTEXTE MONDIAL FRAGMENTÉ.

UN PAYSAGE EN MUTATION POUR LES SYSTÈMES DE SANTÉ. 

Les systèmes qui ont façonné la coopération mondiale en matière de santé pendant des décennies sont en train de se fragmenter. Les pays s'adaptent en temps réel. Les pratiques établies de longue date autour d'institutions stables, de normes communes et de financements ne tiennent plus la route, et les implications pour les systèmes de santé deviennent de plus en plus difficiles à ignorer.

Plus tôt cette année, lors du Forum économique mondial, le premier ministre canadien a déclaré que « l'ordre international fondé sur des règles » mis en place après 1990 était bel et bien révolu. Ce qui émerge aujourd'hui n'est pas une alternative unique, mais une manière différente de fonctionner.

Le système mondial sur lequel comptaient de nombreux pays devient moins prévisible et plus politisé. L'interdépendance étant utilisée comme levier, les économies émergentes et à revenu intermédiaire ne peuvent plus partir du principe que les anciennes règles resteront en vigueur. Beaucoup réagissent en renforçant leur puissance nationale, en diversifiant leurs partenariats et en travaillant au sein de coalitions plus petites, axées sur des questions spécifiques.

 

COMMENT CELA REDÉFINI LES PRIORITÉS EN MATIÈRE DE SANTÉ.

Alors que les institutions mondiales s'affaiblissent, notamment les systèmes des Nations Unies et les organismes de normalisation tels que l'Organisation mondiale de la santé, trois dynamiques deviennent de plus en plus difficiles à ignorer :

  • Les normes mondiales sont de plus en plus contestées
  • Un langage fondé sur des valeurs risque de perdre son sens s'il n'est pas appliqué.
  • Le financement de la santé est plus explicitement lié aux intérêts nationaux.

Cela ne signifie pas pour autant abandonner la santé comme solidarité.

Cela signifie ajouter un deuxième argument qui trouve un écho plus fort dans le contexte géopolitique actuel :

Santé = résilience stratégique.

 

Un agent de santé communautaire mesure le bras d'un enfant tandis que deux autres adultes l'aident.
Last Mile Health

COMMENT LES PAYS RÉAGISSENT-ILS DANS LA PRATIQUE ?

Les développements récents au Kenya et au Mozambique illustrent ce que ce changement signifie concrètement. Les deux pays aboutissent à une conclusion commune : les agents de santé communautaires (ASC) qui sont rémunérés, équipés, supervisés et soutenus constituent un fondement essentiel pour des systèmes de santé résilients.

Au Kenya, le Dr Ouma Oluga, secrétaire principal à la Santé, a souligné l'engagement à long terme du gouvernement envers cette approche, décrivant les agents de santé communautaires professionnels comme « le fondement de systèmes de santé résilients ». Le Kenya a décidé de rémunérer officiellement son personnel de santé communautaire et de l'intégrer dans le système national de prestation de soins de santé.

Le Mozambique fait preuve d'un engagement politique similaire qui se traduit dans les réalités budgétaires. Le ministre de la Santé, M. Ussene Hilário Isse, a souligné que le sous-système communautaire est considéré comme un pilier du gouvernement, les agents de santé communautaires étant de plus en plus intégrés en tant que fonctionnaires et rémunérés par le biais d'un financement national plutôt que par le biais de dons.

Ensemble, ces exemples reflètent une tendance plus générale : lorsque les pays investissent dans des agents de santé communautaires professionnels (proCHW) dans le cadre de leurs infrastructures sanitaires de base, ils investissent dans la continuité, la légitimité et la capacité de prestation en situation de crise.

LES AGENTS DE SANTÉ COMMUNAUTAIRES SONT PARFAITEMENT ADAPTÉS À LA SITUATION ACTUELLE.

Les proCHW ne sont pas seulement un bien social.
Ils constituent un investissement stratégique dans les systèmes de santé.

Les preuves sont claires : les proCHW obtiennent des résultats très efficaces et rentables, même dans les moments les plus difficiles. Lorsque les soins doivent se poursuivre malgré des défis qui s'accumulent et évoluent, les CHW font souvent la différence entre la continuité et l'effondrement.

Pour la Community Health Impact Coalition (CHIC), ce contexte en mutation renforce notre rôle plutôt que de l'affaiblir.

CE QUE CELA SIGNIFIE POUR LE MOUVEMENT PROCHW. 

  1. Les normes mondiales ne constituent plus la ligne d'arrivée : dans un paysage fragmenté, les progrès passeront de plus en plus par des blocs régionaux, des coalitions et des regroupements de pays alignés plutôt que par un consensus universel seul. Les normes mondiales peuvent servir de levier pour y parvenir, mais elles ne suffisent pas à elles seules.
  2. Positionner les proCHW comme une infrastructure de résilience : les proCHW ne sont pas un complément aux systèmes de santé. Ils constituent une infrastructure de prestation essentielle, indispensable pour renforcer les capacités durables de l'État et maintenir les services essentiels en cas de choc ou de stress.
  3. Continuer à défendre la vérité à l'ère de la désinformation : à partir de 2026, le tableau de bord proCHW de CHIC permettra non seulement de vérifier si les pays ont adopté des politiques, mais aussi si ces politiques sont réellement mises en œuvre et si les normes minimales pour les proCHW sont respectées dans la pratique.
  4. Refuser la conformité performative : nous devons continuer à dire la vérité : un système de santé solide et durable rémunère et équipe son personnel de première ligne.
Alors que les pays évoluent dans un contexte mondial plus instable, la question n'est plus de savoir si les systèmes de santé doivent être résilients, mais comment cette résilience peut être mise en place dans la pratique.
Un système de santé solide et durable rémunère et équipe son personnel de première ligne. Tout autre choix relève d'une fausse économie et constitue un risque que les systèmes de santé ne peuvent plus se permettre.