CHIC AU SKOLL 2026.

CHIC au Skoll 2026

DE LA POLITIQUE À LA PAIE.

Plus de cinquante pays ont mis en place des politiques de soutien aux agents de santé communautaires (ASC). Mais ils sont bien moins nombreux à disposer d'ASC qui soient réellement rémunérés, formés, équipés et encadrés.

C'est ce fossé qui nous a conduits à Skoll 2026, un an après que le CHIC eut reçu le prix Skoll pour l'innovation sociale. 

La remise du prix 2025 est intervenue à un moment où la communauté sanitaire mondiale était parvenue à un consensus clair : les agents de santé communautaires sont efficaces. Les preuves étaient là, et les gouvernements se sont mobilisés. Des mesures ont alors été adoptées.

Un an plus tard, le débat n'est plus de savoir s'il faut le faire, mais comment s'y prendre. Que faut-il concrètement pour passer d'une politique sur le papier à la mise en place d'agents de santé communautaires (ASC) rémunérés, qualifiés, équipés et encadrés, relevant de l'administration publique ?



LA NOUVELLE FRONTIÈRE DU FINANCEMENT.

Le changement le plus marquant chez Skoll cette année : ce sont les financements nationaux, et non les fonds des donateurs, qui permettent de mettre en place des programmes durables d'agents de santé communautaires.

Lors de notre session organisée en collaboration avec la Fondation Skoll, intitulée « Du projet pilote à la politique publique : le pouvoir des communautés dans les systèmes publics », deux exemples nationaux ont illustré cette réalité de manière concrète — et ils ont montré des voies différentes.

En Guinée, dix municipalités ont mis en commun environ 350 000 dollars provenant de leurs propres recettes afin de salarier des agents de santé communautaires. Un maire a utilisé les recettes issues des taxes sur les marchés pour financer 35 agents au service de 25 000 personnes. Les premiers salaires seront versés le 1er juin.

En Côte d’Ivoire, les fonds sont déjà disponibles. Le gouvernement prend en charge 51 % des coûts liés aux agents de santé communautaires, mais le secteur en tient rarement compte. Cette sous-estimation donne l’impression que l’engagement réel du gouvernement n’est qu’une dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds.

Ensemble, ces exemples remettent en question la problématique du financement. La Guinée montre qu’il est possible de mobiliser des recettes locales là où on pensait qu’il n’y en avait pas. La Côte d’Ivoire montre que des investissements nationaux sont déjà réalisés, mais qu’ils ne sont pas comptabilisés. Il y a plus d’argent dans le système que ce que laisse entendre le discours dominant. Il s’agit désormais de rendre ces investissements visibles, reproductibles et politiquement viables.

L'IA DOIT ÊTRE INTÉGRÉE AU SYSTÈME, ET NON SIMPLEMENT ASSOCIÉE À CELUI-CI

Ces mêmes contraintes de mise en œuvre influencent la manière dont les outils d'IA sont intégrés dans le secteur de la santé communautaire.

En marge du Skoll World Forum, nous avons organisé une réunion de travail avec des ONG chargées de la mise en œuvre du programme CHW, des partenaires technologiques (dont Google et Anthropic) et des bailleurs de fonds afin de discuter des conditions nécessaires pour faire passer l'IA du stade des projets pilotes à celui de la mise en œuvre à grande échelle.

La réponse revenait sans cesse : le problème ne réside pas dans la technologie, mais dans ceux qui la façonnent. Les agents de santé communautaires sont encore rarement associés à la conception des outils qui leur sont destinés. Les données remontent vers le haut de la hiérarchie, mais reviennent rarement vers ceux qui les collectent. Et la plupart des projets pilotes d'IA fonctionnent encore en parallèle des systèmes publics plutôt qu'au sein même de ceux-ci.

Une phrase a marqué l'assemblée : « On ne peut pas compter sur l'IA pour remédier aux failles d'un système défaillant. »

Les outils qui fonctionnent sont conçus par des personnes qui comprennent le fonctionnement réel des agents de santé communautaires, et sont pensés pour renforcer les systèmes publics plutôt que de les contourner.

Comme l’a fait remarquer Maureen Akomo Wauda, une agente de santé communautaire du comté de Migori, au Kenya, au cours de la semaine : « Quand le système fonctionne bien, je me sens en phase avec lui… Quand il y a un problème avec le système, je ressens immédiatement le vide. »

Maureen Akomo Wauda, agente de santé communautaire, comté de Migori, Kenya

RÉALISATION DE SYSTÈMES AVEC CHWS.

 

Les discussions menées chez Skoll revenaient sans cesse sur la même question fondamentale : qui a le pouvoir de déterminer la manière dont les systèmes évoluent ?

Les décisions en matière de financement, la conception des technologies et les stratégies de mise en œuvre font souvent l'objet de discussions au sujet des agents de santé communautaires plutôt qu'avec eux. Or, certains des exemples les plus marquants de cette semaine provenaient justement de contextes où les agents de santé communautaires eux-mêmes avaient participé dès le début à l'élaboration des politiques et des décisions opérationnelles.

Voilà le modèle. Comme l’a dit Rakesh Rajani lors de la conférence Skoll : « Serekali ni sisi » — Le gouvernement, c'est nous. 

Non pas une institution sur laquelle il faut faire pression de l'extérieur, mais un système qu'il faut construire de l'intérieur.

Plus de cinquante pays ont pris cet engagement. La question est désormais de savoir si ce mouvement sera capable de mettre en place les moyens nécessaires pour concrétiser ces engagements : du personnel rémunéré, une supervision efficace, un financement qui ne dépende pas d’un seul donateur, et des systèmes élaborés en collaboration avec les personnes qui dispensent les soins.