
LA NOUVELLE FRONTIÈRE DU FINANCEMENT.
Le changement le plus marquant chez Skoll cette année : ce sont les financements nationaux, et non les fonds des donateurs, qui permettent de mettre en place des programmes durables d'agents de santé communautaires.
Lors de notre session organisée en collaboration avec la Fondation Skoll, intitulée « Du projet pilote à la politique publique : le pouvoir des communautés dans les systèmes publics », deux exemples nationaux ont illustré cette réalité de manière concrète — et ils ont montré des voies différentes.
En Guinée, dix municipalités ont mis en commun environ 350 000 dollars provenant de leurs propres recettes afin de salarier des agents de santé communautaires. Un maire a utilisé les recettes issues des taxes sur les marchés pour financer 35 agents au service de 25 000 personnes. Les premiers salaires seront versés le 1er juin.
En Côte d’Ivoire, les fonds sont déjà disponibles. Le gouvernement prend en charge 51 % des coûts liés aux agents de santé communautaires, mais le secteur en tient rarement compte. Cette sous-estimation donne l’impression que l’engagement réel du gouvernement n’est qu’une dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds.
Ensemble, ces exemples remettent en question la problématique du financement. La Guinée montre qu’il est possible de mobiliser des recettes locales là où on pensait qu’il n’y en avait pas. La Côte d’Ivoire montre que des investissements nationaux sont déjà réalisés, mais qu’ils ne sont pas comptabilisés. Il y a plus d’argent dans le système que ce que laisse entendre le discours dominant. Il s’agit désormais de rendre ces investissements visibles, reproductibles et politiquement viables.

L'IA DOIT ÊTRE INTÉGRÉE AU SYSTÈME, ET NON SIMPLEMENT ASSOCIÉE À CELUI-CI
Ces mêmes contraintes de mise en œuvre influencent la manière dont les outils d'IA sont intégrés dans le secteur de la santé communautaire.
En marge du Skoll World Forum, nous avons organisé une réunion de travail avec des ONG chargées de la mise en œuvre du programme CHW, des partenaires technologiques (dont Google et Anthropic) et des bailleurs de fonds afin de discuter des conditions nécessaires pour faire passer l'IA du stade des projets pilotes à celui de la mise en œuvre à grande échelle.
La réponse revenait sans cesse : le problème ne réside pas dans la technologie, mais dans ceux qui la façonnent. Les agents de santé communautaires sont encore rarement associés à la conception des outils qui leur sont destinés. Les données remontent vers le haut de la hiérarchie, mais reviennent rarement vers ceux qui les collectent. Et la plupart des projets pilotes d'IA fonctionnent encore en parallèle des systèmes publics plutôt qu'au sein même de ceux-ci.
Une phrase a marqué l'assemblée : « On ne peut pas compter sur l'IA pour remédier aux failles d'un système défaillant. »
Les outils qui fonctionnent sont conçus par des personnes qui comprennent le fonctionnement réel des agents de santé communautaires, et sont pensés pour renforcer les systèmes publics plutôt que de les contourner.


Comme l’a fait remarquer Maureen Akomo Wauda, une agente de santé communautaire du comté de Migori, au Kenya, au cours de la semaine : « Quand le système fonctionne bien, je me sens en phase avec lui… Quand il y a un problème avec le système, je ressens immédiatement le vide. »